Avoir peur d'inexister ...



Avoir peur d'inexister ...


Nous sommes en 2021,

Nous sommes plus de 7 760 750 000 d'humains,

Nous sommes de plus en plus numériques et moins corporels ...

(du moins en Occident et dans les pays les plus riches et industrialisés du monde)


En ces temps d'abstinence de tout contact, de tout échange de proximité, de toute relation concrète et réelle pour les célibataires ou les couples éloignées. Nous sommes cloîtrés derrière nos écrans pour nous donner encore et encore ... un semblant d'existence.


Pendant longtemps, nous avons été notre travail.

Jusqu'à la fermeture de notre entreprise.

Où jusqu'à ce qu'on nous remplace.


Ainsi, nous ne sommes plus rien.


Nous avons été le copain ou le partenaire de vie.

Jusqu'à la toute fin de notre relation.

Où jusqu'à ce qu'on nous remplace.


Ainsi, nous ne sommes plus rien.


Nous avons été un rôle particulier pour quelqu'un ou quelque chose,

Jusqu'au tout dernier moment, la toute dernière seconde.

Où jusqu'à ce qu'on nous remplace ...


Ainsi, nous ne sommes plus rien.



Que devenons-nous lorsque nous ne sommes plus ce que nous croyons être ?

Que sommes-nous en dehors des rôles que nous nous attribuons ?

Quelle est notre identité en dehors d'un simple contexte ?


Je rencontre tellement de personnes qui se sentent perdues à la suite d'un licenciement, d'une rupture, d'un changement d'état (physique, mental ou émotionnel) qu'elles n'ont plus aucune idée de ce qu'elles sont fondamentalement. Quelle est leur identité réelle profonde.


Notre culture ne s'intéresse pas à ces questions.

Du moins, pas dans la vie courante des gens.

Il faut attendre que ça aille mal pour ça.


Il faut alors consulter, pour se faire aider.


Non mais, franchement.


Faut-il vraiment attendre d'avoir passé le cap du disfonctionnement pour s'intéresser à soi ? Faut-il attendre que le train déraille pour s'intéresser à l'état de la voie, du train lui-même ?

Faut-il accorder seulement une petite heure par semaine à notre intériorité, à notre soi ?


L'Occident et la modernité n'ont rien trouvé de mieux pour répondre aux fameuses questions existentielles et spirituelles que la consultation psychologique chez un professionnel ? Aucune initiative personnelle ? Aucune curiosité face à la vie ?


Comment expliquer cela ?


Regardez l'ensemble de nos efforts individuels (conscients ou non) pour attirer l'attention des autres. Organiser des diners pour se sentir importants, rassembleurs, heureux, attentionnés ou plus. Initier des activités pour combler un manque d'attention.


Ou toutes autres actions qui nous mettraient sur le devant de la scène.


Encore et encore ...


Regardez-moi ... regardez ce que je fais ... regardez ce que je fais POUR VOUS ... regardez ce que je vous offre comment c'est drôle / utile / amusant / déstressant / nécessaire / etc.


Aujourd'hui, avoir la volonté d'être ou de se mettre en retrait par rapport aux autres est considéré comme "étrange" ou "annonciateur" de quelque chose de mauvais pour la personne. Mais, c'est peut-être plutôt un besoin simple de se retrouver elle-même.


Une nécessité de se (re)centrer sur l'essentiel, l'important, l'utile.


Fuir la futilité, l'inintéressant, le mal-être, la superficialité, la bêtise et la noirceur parfois. Un impératif venu du plus profond de la personne pour renouer avec son sacré, avec son être.


Il me semble que l'on tombe tranquillement dans l'accumulation de manifestations chaotiques et désespérées permettant un semblant d'intérêt ou une quête d'attention.


Regardez ...

j'existe.


Comme si, rien faire de tout cela, allait les faire disparaître de l'existence.

Comme si, sans toute cette agitation, ils allaient doucement s'effacer du décor.

Comme s'il n'y avait aucune autre possibilité pour eux d'exister, d'être et de partager.


Nous n'en sommes plus au stade de la peur d'exister ... puisqu'aujourd'hui la parole est donnée à tout le monde et que tout le monde prend la parole ... même quand on ne la demande/souhaite pas.


Aujourd'hui, les gens cherchent leur moment de gloire.

Leur moment d'existence, de reconnaissance, de vie.


Bien loin de la vie elle-même,

de l'expérience du réel concret,

de la communion avec l'existence.


Bien des gens se cherchent une raison d'être au milieu d'autres semblables qui cherchent eux-mêmes comment être au milieu d'autres semblables. C'est un cercle sans fin, sans solution, sans réel intérêt. Une mécanique étrangement similaire à notre mental.


En effet, lorsque vous marchez sur la place, en forêt, en nature ... cherchez-vous votre place ou êtes-vous là, déjà à votre place, au bon endroit, au bon moment ... n'êtes-vous pas dans le calme de l'être, dans la paix de l'esprit, dans la résonnance du coeur ? Vous profitez ...


Il n'y a qu'en étant entouré des hommes que l'on se prend la tête à vouloir être ce que l'on est pas. Et que l'on ne sera jamais puisque l'on passe notre temps à se trahir soi-même pour être et faire des choses qui n'ont pas de sens pour nous, notre vie, nos besoins, notre coeur.


Ainsi, la grande question serait de savoir :


Non pas, ai-je vraiment peur d'inexister ?

Mais plutôt, pourquoi ai-je autant peur d'être (moi-même) ?


Dans la simplicité du coeur réside la beauté de l'univers.

Dans la profondeur de l'instant navigue le bateau de l'expérience.

Dans un inaltérable moment de présence infinie, mon ego disparait et je souris.


Être est par définition, la notion d'exister.

Si vous avez peur d'inexister, vous ne pouvez pas être.

Et si vous n'êtes pas, vous n'êtes pas là en train de penser.


Regarde ce que votre mental vous fait faire et vous amène à penser.

Avec de l'habitude, cela devient drôle et amène à de l'auto-dérision.

C'est ce que l'on appelle la "libération", l'éveil, la sortie du sommeil !